Alain Nahum

Date: 4 novembre 2016 Category:

UN PROMENEUR AUX AGUETS

Promeneur solitaire Alain Nahum ne rêve pas, il est sans cesse sur ses gardes à dénicher ce qui fait signe alors que naturellement chacun passe, perdu ou absent.
Il remarque, s’arrête, revient sur ses pas, et capture à l’aide de son appareil photo, voire de son téléphone mobile s’il n’a    rien d’autre sous la main, ce qui tout à coup lui apparaît. L’œil pointu, parfaitement aiguisé, il cueille ce que nous ignorons sans même nous en douter. Il est de ceux qui nous apprennent à voir. Après avoir contemplé ses images, il devient difficile d’arpenter la ville sans s’interroger ou s’étonner.

Cinéaste avant tout, Nahum prend des photos qui ne sont pas de photographe. Ce qui l’attire tient à ce qui dépasse le strict cadre de l’image. Ses réussites les plus incontestables résident dans sa capacité à provoquer l’imagination de ceux qui regardent son travail. L’œil et la posture des visiteurs de ses expositions sont souvent révélateurs. On y croise fréquemment des personnes interloquées par ce qui leur est proposé. Postures et mimiques sont significatives. Il ne s’agit pas d’arrêt sur image, mais d’arrêt par l’image. Il est clair alors que quelque chose se passe, que nous ne sommes plus dans une simple visite, mais dans la rencontre d’un inattendu se présentant tout à coup comme une imparable évidence. C’est  là, c’est comme ça, et… c’est ça.

L’œil de l’artiste révèle des dimensions tellement surprenantes que les banalités, la trivialité, le non vu, le non remarquable, distingués et sublimés du fait de leur révélation provoquent une sorte de stupeur. Le déclic d’une découverte – prise de conscience sans doute – totalement insolite. De l’espace mental et affectif, avec parfois une touche symbolique, se trouve brusquement greffé à l’insolite des images. Mélange fulgurant.
Les cinéastes nomment hors champ cet ajout. Le souci de s’attacher aussi bien à ce qui va au-delà du cadre même de l’image donnée à voir nourrit à l’évidence ce vagabondage de l’esprit, si fertilisant, si propice à l’émotion, comme à la réflexion.

Les œuvres les plus fortes ne se résument jamais à elles-mêmes.
La puissance dérisoire d’une vie sans importance, une émotion soudaine, l’anecdote devient exemplaire, tout y est, l’artiste nous projette, notre monde. il révèle et nous renvoie à nous-mêmes. Bouleversement de l’art à son meilleur.
Jean Klépal.

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