{"id":876,"date":"2013-07-10T23:30:21","date_gmt":"2013-07-10T22:30:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.voixeditions.com\/wordpress\/?p=876"},"modified":"2014-02-26T22:31:55","modified_gmt":"2014-02-26T21:31:55","slug":"detour-richard-meier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.voixeditions.com\/?p=876","title":{"rendered":"D\u00e9tour, exposition Richard Meier"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Exposition Richard Meier <span style=\"color: #ff6600;\"><em>D\u00e9tour<\/em> <\/span><\/strong><\/span><\/h3>\n<p>jusqu\u2019au 15 septembre \u00e0 la Casa Carr\u00e8re, Mairie de Bages, 22 av. Jean-Jaur\u00e8s, 66670 Bages, France. Durant les expositions, tous les jours de 16 h \u00e0 19 h. T\u00e9l.\u00a0:\u00a004\u00a068\u00a021\u00a071\u00a025.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1455\" alt=\"richard_meier_4\" src=\"http:\/\/www.voixeditions.com\/newsite\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/richard_meier_4.jpg\" width=\"480\" height=\"334\" \/><\/p>\n<p>Vernissage vendredi 12 juillet \u00a0\u00e0 18 h 30.<br \/>\nExposition ouverte jusqu&rsquo;au 15 septembre 2013, de 16 h \u00e0 19 h, du mardi au dimanche.<\/p>\n<p><strong>Casa Carr\u00e8re<\/strong> 9 av. de la M\u00e9diterran\u00e9e 66670 Bages.<\/p>\n<p><span style=\"color: #333333;\"><em><strong>Interview Arts Hebdo M\u00e9dias &#8211; Septembre 2013<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Si Richard Meier n\u2019a pas mis d\u2019\u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb \u00e0 <em>D\u00e9tour, <\/em>c\u2019est que malgr\u00e9 une interruption de pr\u00e8s de vingt ans, il n\u2019y a pas eu de rupture dans son travail. Cette exposition actuellement pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Bages, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, raconte l\u2019histoire d\u2019un peintre devenu \u00e9diteur sans jamais avoir renonc\u00e9 \u00e0 \u00eatre artiste.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019entr\u00e9e de la Casa Carr\u00e8re, des journaux d\u00e9mesur\u00e9s accueillent les visiteurs. Depuis juillet, ils sont nombreux \u00e0 \u00eatre pass\u00e9s par Bages pour d\u00e9couvrir <em>D\u00e9tour<\/em> de Richard Meier. Si ce nom ne vous est pas \u00e9tranger et que vous l\u2019associez spontan\u00e9ment au domaine de l\u2019\u00e9dition, c\u2019est tout \u00e0 fait normal ! Editeur, l\u2019homme est avant tout artiste. Ancien professeur des Beaux-Arts de Metz, il est install\u00e9 non loin de Perpignan depuis bient\u00f4t dix ans travaillant sans rel\u00e2che \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019ouvrages rares tant\u00f4t inspir\u00e9s par l\u2019art des autres, tant\u00f4t r\u00e9pondant \u00e0 un imp\u00e9ratif personnel. <em>\u00ab La pratique de mes carnets me suffisait amplement. Avec eux et les livres, j&rsquo;allais \u00e0 l&rsquo;essentiel \u00bb,<\/em> explique-t-il comme pour s\u2019excuser de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 entra\u00eener dans l\u2019aventure d\u2019une nouvelle exposition. Dix-neuf ans apr\u00e8s celle de Rotterdam, qui devait clore son travail de peintre. Sous l\u2019amicale et n\u00e9anmoins r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sollicitation d\u2019un groupe d\u2019amis, Richard Meier a c\u00e9d\u00e9 et s\u2019est remis \u00e0 la peinture. Neuf toiles de grand format, r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 la spatule, sont accompagn\u00e9es de carnets et autres exp\u00e9rimentations plastiques d\u00e9roulant le fil d\u2019un travail artistique de plus de vingt ans. <em>\u00ab Je me suis aper\u00e7u de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Mon travail de peintre est nourri d\u00e9sormais de litt\u00e9rature et de po\u00e9sie. Il contient moins de formalisme mais plus de sens. \u00bb<\/em> Un d\u00e9tour qui suscite une bonne poign\u00e9e de questions. Entretien avec un intellectuel sensible et passionn\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>ArtsHebdo|M\u00e9dias. \u2013 Que s\u2019est-il pass\u00e9 il y a dix-neuf ans\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Richard Meier.<\/span> \u2013<\/strong> A cette \u00e9poque, j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9diter et je sentais que ce serait difficile de continuer la peinture. Pendant un an, j\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 ce que je pensais \u00eatre ma derni\u00e8re exposition. Ce fut une des plus int\u00e9ressantes. Elle rendit compte de la distance que j\u2019avais pris avec la toile. Je travaillais d\u00e9j\u00e0 tellement le papier que la m\u00e9moire de la feuille s\u2019\u00e9tait impos\u00e9e\u00a0: je peignais d\u00e9sormais sur du blanc. Avant ma peinture \u00e9tait bruyante, comme j\u2019aimais \u00e0 le dire. Pleine de couleurs et de figures qui s\u2019accumulaient. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 mes carnets, un travail poursuivi jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Quel est le statut de ces carnets\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Ils traduisent ma d\u00e9marche d\u2019artiste et prouvent qu\u2019elle n\u2019a jamais cess\u00e9. Certains d\u2019entre eux ont un lien \u00e9troit avec des livres que j\u2019ai \u00e9dit\u00e9s. Ils expliquent comment tel ou tel ouvrage na\u00eet et se d\u00e9ploie. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, j\u2019y consigne id\u00e9es, formes\u2026 Gr\u00e2ce \u00e0 eux, j\u2019ai pu faire \u00e9voluer le difficile rapport que j\u2019entretenais avec l\u2019\u00e9criture \u2013 ma premi\u00e8re langue n\u2019est pas le fran\u00e7ais. Au d\u00e9but, il y avait surtout beaucoup de commentaires et progressivement s\u2019est install\u00e9 quelque chose de plus ambitieux, de l\u2019ordre de la po\u00e9sie. J\u2019aime jouer avec les mots, qui sombrent dans des arcanes complexes, dans les entrelacs de ma pens\u00e9e. J\u2019utilise beaucoup le principe d\u2019\u00e9cholalie, de r\u00e9p\u00e9tition. Ces carnets ont vocation \u00e0 \u00eatre lus, mais je n\u2019en ai jamais \u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Dites-nous en plus sur eux.<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les premiers datent de la fin des ann\u00e9es 1970 et d\u00e9sormais j\u2019en ai environ soixante-quinze. Je les appelle les icebergs, car ils ne montrent qu\u2019une part de moi-m\u00eame, ce qui veut bien \u00e9merger. La d\u00e9couverte des carnets de Paul Val\u00e9ry a influenc\u00e9 cette pratique. La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu ces derniers, j\u2019ai pris une claque monumentale. <em>Les self pens\u00e9es<\/em> de l\u2019\u00e9crivain m\u2019ont subjugu\u00e9. Tenter de comprendre comment une pens\u00e9e se t\u00e9lescope \u00e0 une autre, comment se fait la greffe, est passionnant. Avec l\u2019exp\u00e9rience, il y a quelque chose qui se construit de l\u2019ordre du moi, de l\u2019intimit\u00e9, du temps. Tout entre en soi et sort sans que l\u2019on sache vraiment comment. J\u2019aime solliciter la m\u00e9moire, et activer les liens qui se cr\u00e9ent d\u2019une page \u00e0 l\u2019autre. Parfois il faut revenir en arri\u00e8re pour \u00eatre certain de ce qui a \u00e9t\u00e9 vu. Nous avons conscience de parcourir un espace qui peut gr\u00e2ce aux figures qui y surgissent s\u2019\u00e9largir encore et encore.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Comment peut-on pr\u00e9m\u00e9diter l\u2019arr\u00eat de sa peinture\u00a0?<\/span> <\/strong><\/p>\n<p>Avec le recul, je constate que mon rapport \u00e0 la peinture a toujours \u00e9t\u00e9 particulier.<strong> <\/strong>Aux Beaux-Arts, par exemple, j\u2019ai choisi d\u2019enseigner l\u2019\u00e9dition alors que j\u2019\u00e9tais peintre. Si j\u2019avais d\u00fb toute la journ\u00e9e expliquer et trouver des choses \u00e0 dire aux \u00e9l\u00e8ves dans ce domaine, je crois que je n\u2019aurais pas peint du tout. Par ailleurs, je me rends compte maintenant que mon admiration pour les \u00e9crivains et les po\u00e8tes devance celle que j\u2019ai pour les peintres. La peinture m\u2019a vite d\u00e9pass\u00e9. Alors que je d\u00e9butais, elle fut abandonn\u00e9e par nombre d\u2019artistes et cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart m\u2019a beaucoup troubl\u00e9. Quand on est jeune, tous les bruits de fond vous concernent\u00a0! Au bout du compte, ce n\u2019est pas tr\u00e8s important. Les tendances peuvent s\u2019inverser et les pratiques revenir. D\u2019ailleurs, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ont des id\u00e9es beaucoup plus simples sur la peinture que les miennes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Parlez-nous de cette exposition qui devait \u00eatre la derni\u00e8re\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>D\u2019abord, comme un pied de nez \u00e0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019ai voulu exposer avec ma s\u0153ur qui est peintre na\u00efve. L\u2019autre point \u00e0 signaler est probablement l\u2019utilisation que j\u2019ai faite du pl\u00e2tre. J\u2019en appliquais sur la toile facilement entre vingt et trente couches tr\u00e8s fines. Une fa\u00e7on pour moi de convoquer l\u2019id\u00e9e du palimpseste, de me placer dans une forme de continuit\u00e9\u00a0et aussi de relier ma pratique \u00e0 ma vie. Etudiant, j\u2019ai travaill\u00e9 dans le b\u00e2timent. Peint beaucoup de murs pour gagner un peu d\u2019argent. Ce qui m\u2019a permis de constater que le pl\u00e2tre restituait tr\u00e8s bien la couleur du temps. Le matin, il est un peu bleu, le soir, un peu rose. J\u2019appr\u00e9ciais \u00e9norm\u00e9ment cette qualit\u00e9 car elle \u00e9voquait pour moi, d\u2019une fa\u00e7on cocasse peut-\u00eatre, les drag\u00e9es de Verdun, celles de mon enfance, qui changent de couleur quand on les met dans la bouche. Un ph\u00e9nom\u00e8ne qui se produit \u00e9galement si l\u2019on observe les eaux d\u2019un fleuve \u00e0 divers moments de la journ\u00e9e\u2026 Bref, la s\u00e9rie r\u00e9alis\u00e9e pour l\u2019exposition de Rotterdam s\u2019est intitul\u00e9e <em>Meuse,<\/em> \u00ab\u00a0Maas\u00a0\u00bb en n\u00e9erlandais. J\u2019avais travaill\u00e9 \u00e0 un parcours stylis\u00e9 du cours d\u2019eau. Certains \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient dessin\u00e9s au crayon. Je m\u2019int\u00e9resse encore beaucoup aujourd\u2019hui au graff, aux repr\u00e9sentations, \u00e0 la cartographie, \u00e0 la simplification des \u00e9l\u00e9ments picturaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>La peinture n\u2019\u00e9tait-elle donc pas accroch\u00e9e \u00e0 votre estomac\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Absolument, mais le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019elle est pass\u00e9e de l\u2019estomac \u00e0 la t\u00eate\u00a0! Tout a bascul\u00e9 vers l\u2019univers mental m\u00eame si je faisais attention \u00e0 ce que l\u2019\u00e9motion ne disparaisse pas de la toile. Pendant longtemps, j\u2019ai peint de fa\u00e7on improvis\u00e9e. Il me fallait seulement quelques heures pour r\u00e9aliser un tableau. Aujourd\u2019hui, je suis interrogatif devant ce que j\u2019ai pu faire comme \u00e7a. \u00c7a me para\u00eet excessif. Progressivement le cerveau a pris le pas sur l\u2019instinct. Le silence a eu de plus en plus d\u2019importance. Il permet une sorte de recul, une fa\u00e7on de distinguer les choses. Non dans le sens de la valeur mais plut\u00f4t dans celui du discernement. Une mani\u00e8re de ne pas encombrer le monde. C\u2019est en Hollande que le vide, essentiel aujourd\u2019hui, a commenc\u00e9 \u00e0 retenir mon attention.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Pratiquement, comment vous \u00eates-vous remis \u00e0 peindre\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Je suis parti de mes carnets et j\u2019ai ressenti le besoin de mettre mon ancienne peinture derri\u00e8re moi. Ce que j\u2019ai fait physiquement en installant une de mes anciennes toiles dans mon dos\u00a0! J\u2019ai ensuite interpr\u00e9t\u00e9 mes carnets avec des moyens m\u00e9caniques o\u00f9 le pinceau n\u2019intervenait plus. Quand je voulais faire une courbe, je posais des bandes de scotch. Les vibrations venaient du pouce comme si je faisais des dessins au fusain. La peinture \u00e9tait appliqu\u00e9e en dernier \u00e0 la spatule et les morceaux de scotch retir\u00e9s. J\u2019ai mis en place une m\u00e9thode.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Qu\u2019entendez-vous par l\u00e0\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Avec le travail d\u2019\u00e9dition, ma peinture est devenue mat\u00e9rielle. Il y avait quelque chose \u00e0 ex\u00e9cuter alors qu\u2019avant mon geste \u00e9tait \u00ab\u00a0tr\u00e8s c\u00e9zanien\u00a0\u00bb. La peinture se distribuait dans l\u2019espace. Je n\u2019avais pas l\u2019impression de fabriquer un objet. Avec l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0factory\u00a0\u00bb introduite dans l\u2019art, on parle de pi\u00e8ce plus souvent que d\u2019\u0153uvre \u2013 les mots sont importants, les d\u00e9finitions jamais innocentes. Et ce terme contenait une notion de m\u00e9thode. J\u2019en ai donc choisi une, tout en continuant n\u00e9anmoins \u00e0 solliciter l\u2019instinct pour ne pas provoquer d\u2019enfermement. Je tente toujours d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce qui se produit et, de cette observation, je tire un syst\u00e8me pour aller plus loin. Son but est d\u2019\u00eatre amplifi\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il se d\u00e9passe.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Que dire de votre nouvelle peinture\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>La peinture que je fais aujourd\u2019hui est peut-\u00eatre un peu plus forte, plus engag\u00e9e physiquement que ce que j\u2019ai fait pour l\u2019expo de Rotterdam. Quand je m\u2019y suis remis apr\u00e8s autant de temps, j\u2019ai eu des surprises. Certaines choses s\u2019\u00e9taient effac\u00e9es, d\u2019autres ne demandaient qu\u2019\u00e0 resurgir. Mais si je ne savais pas ce que j\u2019allais ex\u00e9cuter, je savais absolument ce que je ne voulais pas faire. Je n\u2019ai d\u2019ailleurs pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire un tableau que j\u2019aimais bien mais qui, \u00e0 mes yeux, utilisait de mes petites ficelles\u2026 J\u2019avais peur de retomber dans mes travers. J\u2019ai d\u00fb faire le vide absolu et laisser venir les choses. J\u2019ai alors d\u00e9couvert que ce que je faisais \u00e9tait en phase par rapport \u00e0 mon dernier travail d\u2019\u00e9diteur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L\u2019exposition \u00e0 la Casa Carr\u00e8re montre certaines de vos anciennes toiles. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Parce que, d\u2019une part, je ne disposais pas d\u2019assez de temps pour produire de plus nombreuses peintures et, d\u2019autre part, parce que je savais que nombre de personnes \u00e9taient tr\u00e8s intrigu\u00e9es par mon parcours. Elles voulaient faire comprendre le rapport entre mes \u00e9ditions et ma peinture. L\u2019exposition va dans ce sens. J\u2019y montre les derni\u00e8res travaux d\u2019avant <em>Meuse,<\/em> comme les journaux peints, et des toiles qui n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es. D\u00e9sormais, ces derni\u00e8res ne seront plus accroch\u00e9es chez moi. Je n\u2019ai plus besoin de les voir. Je dois passer \u00e0 autre chose, casser le lien. Vivre avec ce que l\u2019on a fait, c\u2019est comme se regarder sans cesse dans un miroir. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, mes peintures accompagnaient les \u0153uvres acquises aupr\u00e8s des autres artistes. C\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre ensemble. Maintenant qu\u2019ils ont d\u00e9couvert mon travail, il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de l\u2019accrocher \u00e0 la maison\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Allez-vous poursuivre\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Je ne sais pas mais \u00e7a m\u2019a plu, malgr\u00e9 le stress du d\u00e9part\u00a0! Je pense que si j\u2019avais peint davantage mes livres auraient avanc\u00e9 d\u2019autant. Alors\u2026 Dans mes carnets, il y a une sorte de narration de ma vie qui se d\u00e9veloppe et qui ne se voit plus dans les livres que je fais aujourd\u2019hui. L\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 l\u2019espace, au vide, \u00e0 la scansion, \u00e0 la respiration. Les artistes qui m\u2019int\u00e9ressent aujourd\u2019hui ne sont plus ceux qui m\u2019int\u00e9ressaient au d\u00e9but de mes \u00e9ditions. Tout a \u00e9volu\u00e9. Si je peins, je ferai nettement moins de livres. C\u2019est certain. Mais peindre, c\u2019est produire quelque chose de nouveau. Il faut y croire, se battre, se donner des coups de pied au derri\u00e8re, arriver \u00e0 d\u00e9gager de la fra\u00eecheur. Et je ne sais pas encore si j\u2019ai envie de tout cela.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>La peinture ne vient-elle pas toujours de quelque part, d\u2019une connaissance stratifi\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Effectivement, l\u2019histoire revient sous certaines formes. En ce moment, par exemple, j\u2019ai un int\u00e9r\u00eat renouvel\u00e9 pour l\u2019art optique. Je ne l\u2019utilise pas \u00e0 proprement parler, mais il est pr\u00e9sent dans ma volont\u00e9 de faire vibrer la couleur. J\u2019aime que l\u2019\u0153il soit pinc\u00e9, qu\u2019il ressente du plaisir physique \u00e0 regarder. Si ma peinture pouvait devenir un peu plus aigu\u00eb, j\u2019en serais tr\u00e8s content. J\u2019aime aussi beaucoup les choses contradictoires, celles qui ne se terminent pas. Dans mes carnets, je joue avec les mots. J\u2019ai rempli des pages enti\u00e8res avec les trois premi\u00e8res lettres de certains d\u2019entre eux. Il m\u2019arrive aussi parfois de dessiner leur repr\u00e9sentation toujours de mani\u00e8re elliptique. Je cr\u00e9e une sorte de symphonie, utilise la droite et la gauche comme une balance. Lourde d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u00e9g\u00e8re de l\u2019autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Qu\u2019allez-vous faire demain\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Certainement beaucoup de dessin. J\u2019ai un stock de papier 20\u00a0gr. Au moins 500\u00a0feuilles\u00a0! Tr\u00e8s fin, il sert habituellement \u00e0 emballer des moteurs\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exposition Richard Meier D\u00e9tour jusqu\u2019au 15 septembre \u00e0 la Casa Carr\u00e8re, Mairie de Bages, 22 av. Jean-Jaur\u00e8s, 66670 Bages, France. Durant les expositions, tous les jours de 16 h \u00e0 19 h. T\u00e9l.\u00a0:\u00a004\u00a068\u00a021\u00a071\u00a025. Vernissage vendredi 12 juillet \u00a0\u00e0 18 h 30. Exposition ouverte jusqu&rsquo;au 15 septembre 2013, de 16 h \u00e0 19 h, du mardi au dimanche. Casa Carr\u00e8re 9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15,16],"tags":[],"class_list":["post-876","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-alire","category-avoir"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=876"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/876\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1459,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/876\/revisions\/1459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=876"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=876"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.voixeditions.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}