{"id":142,"date":"2012-10-14T16:01:48","date_gmt":"2012-10-14T15:01:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.voixeditions.com\/wordpress\/?p=142"},"modified":"2014-02-26T23:07:03","modified_gmt":"2014-02-26T22:07:03","slug":"sang-dencre-de-roger-cosme-esteve-mireille-calle-gruber","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.voixeditions.com\/?p=142","title":{"rendered":"Sang d\u2019Encre de Roger Cosme Est\u00e8ve &#038; Mireille Calle Gruber"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le don d&rsquo;encre<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re Mireille Calle-Gruber,<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de tout remerciement, de tout merci, de tout \u00e9change de valeurs, il y a don. Et ce don ne se r\u00e9duit pas. Il exc\u00e8de toute valeur. Car c&rsquo;est un don de soi : un soi qui s&rsquo;ouvre comme s&rsquo;ouvrent les veines du corps pour donner le sang, la vie. C&rsquo;est un don de sang. C&rsquo;est un don de sang d&rsquo;encre. Une \u0153uvre po\u00e9tique qui oblige \u00e0 ne pas la r\u00e9duire \u00e0 un \u00e9change ou une logique d&rsquo;\u00e9change ; ou m\u00eame une logique tout court. Une \u0153uvre qui donne \u00e0 penser en tant qu&rsquo;elle est po\u00e8me. Et comme l&rsquo;affirmait Martin Heidegger dans son beau texte Qu&rsquo;appelle-t-on penser en lisant L&rsquo;hymne de H\u00f6lderlin :<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre aussi qu&rsquo;\u00e0 son tour la parole de H\u00f6lderlin, parce qu&rsquo;elle est po\u00e9tique [Je souligne], nous appelle d&rsquo;une fa\u00e7on plus riche d&rsquo;exigence, et par l\u00e0 d&rsquo;une fa\u00e7on qui nous est un meilleur signe, sur le chemin d&rsquo;une pens\u00e9e qui veut suivre ce qui donne le plus \u00e0 penser.1<\/p>\n<p><strong><em>Cet appel me d\u00e9sarme par son exigence, mais m&rsquo;oriente d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00e0 suivre le chemin de la pens\u00e9e. Ou \u00e0 suivre l&rsquo;\u00e9coulement de cette \u00e9claboussure vers la pens\u00e9e :<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La po\u00e9sie ce sont donc les eaux, qui parfois coulent \u00e0 rebours vers la source, vers la pens\u00e9e comme pens\u00e9e fid\u00e8le.2<\/p>\n<p><em><strong>Suivons alors cet \u00e9coulement. Ce sang qui jaillit de cet objet d&rsquo;art et coule le long du papier. Ce triple jet d&rsquo;encre (auquel correspond les trois parties du po\u00e8me) qui teint les yeux du spectateur\/lecteur.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le noir r\u00e8gne. Il est au commencement\/commandement. Il se donne \u00e0 voir et \u00e0 lire sur je papier blanc en promettant les couleurs qu&rsquo;il porte. Il est l\u00e0 pour emp\u00eacher tout arr\u00eat. Toute station. Toute forme de se pr\u00e9senter \u00e0 la lumi\u00e8re. L&rsquo;ouvre d&rsquo;art est ce lieu o\u00f9 tout n&rsquo;est pas d\u00e9cid\u00e9. O\u00f9 la tension des formes en formation \/ d\u00e9formation se refuse \u00e0 donner une figure fig\u00e9e. O\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le. O\u00f9 les sangs \u00ab\u00a0ne s\u00e8chent jamais \/ comme d&rsquo;une blessure \/ comme un \u00e9panchement \/ non tarissable non consolable\u00a0\u00bb.3 O\u00f9 tout est en marche.<\/p>\n<p><em><strong>Le noir r\u00e8gne. Il jaillit avant toute loi. Il est la folie des genres. Ces derniers sont en mouvement et en m\u00e9tamorphose perp\u00e9tuels. Les corps ne s&rsquo;identifient pas. Tout est en Passage. Tout est passage. Et le po\u00e8te est l\u00e0 comme le peintre dans ce lieu sans lieu : \u00ab\u00a0Je me tiens dans les pr\u00e9cipitations \/ les cristallisations \/ les interrogations \/ \u00e0 la m\u00e9ridienne des noms\u00a0\u00bb, O\u00f9 le je se transforme en un jeu veillant sur la mobilit\u00e9 du monde.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Le noir r\u00e8gne. C&rsquo;est le r\u00e8gne des revenants. Ils marchent \u00ab\u00a0en aveugles\u00a0\u00bb. Attir\u00e9s par le retrait tels \u00ab\u00a0des monstres priv\u00e9s de sens\u00a0\u00bb comme disait H\u00f6lderlin.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em><strong>Le noir r\u00e8gne. Et c&rsquo;est le r\u00e8gne de l&rsquo;hospitalit\u00e9. L&rsquo;accueil des t\u00e9n\u00e8bres et de l&rsquo;invisible. Le don du po\u00e8me c&rsquo;est son accueil de l&rsquo;autre sans pr\u00e9voyance.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Je m&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 cause m\u00eame de cet appel du po\u00e8me. Et je laisse L\u2019imprimante jeter l&rsquo;encre : Nous sommes tenus de laisser la parole po\u00e9tique dans sa v\u00e9rit\u00e9, dans la beaut\u00e9.4<\/p>\n<p>Arafat Sadallah<\/p>\n<p>Le 22\/01\/2008<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p><em><strong>1 Martin Hedegger, Qu&rsquo;appelle-t-on penser?, Tr. Aloys Becker et G\u00e9rard Granel, Ed. P.U.F. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb, Paris, 1999, p.31 &#8211; 2 Ibid. p.30 &#8211; 3 MireilIe Calle-Gruber et Roger Cosme Est\u00e8ve, Sang d&rsquo;encre, Ed. Voix. &#8211; 4 M. Heidegger, op. cit\u00e9 p.32<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le don d&rsquo;encre Ch\u00e8re Mireille Calle-Gruber, Au-del\u00e0 de tout remerciement, de tout merci, de tout \u00e9change de valeurs, il y a don. Et ce don ne se r\u00e9duit pas. Il exc\u00e8de toute valeur. Car c&rsquo;est un don de soi : un soi qui s&rsquo;ouvre comme s&rsquo;ouvrent les veines du corps pour donner le sang, la vie. 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