Collection "Feu "

 

Il fallait que cela arrive : en janvier, Tankbooks sortait des livres au format paquet de cigarettes vendus en librairie et même au musée du Deign de Londres. L'éditeur se fit prestement remonter les bretelles par la British American Tobacco parce que l'un des titres ressemblait trop à un paquet... de Lucky Strike.

 

Aujourd'hui, c'est un éditeur français qui met le feu aux pages en sortant des livres dans un emballage d'allumettes. Sa nouvelle collection Pas vu, pas pris, aux éditions Voix contient en effet un ouvrage plié selon une méthode qui permettra de l'ouvrir comme un accordéon, le léporello.

 

Basée à Perpignan, la maison organisera prochainement une exposition, où l'on réunira « photographes, écrivains, plasticiens », nous explique Richard Meier. On pourra dérouler les 100 centimètres de texte pour profiter pleinement de l'histoire. Aujourd'hui, la collection compte 10 textes, tout à la fois créations artistiques et graphique et chacun est paru en 200 exemplaires, vendus 5 €.
http://www.actualitte.com/boites

 

 

Franck Garcia
 

Comme en peinture, Franck Garcia est à la recherche de quelque chose entré en lui. Cette membrane, lovée dans la partie la plus noble du corps avant qu'elle ne putréfie et fasse charogne s'entretient, comme l'on peut discuter au balcon, à voix basse, tard dans la nuit, avec un vampire de passage. Ici dans cet ouvrage raffiné comme ceux que Richard Meier confectionne, on perçoit le bel ordre; autant dans les propositions de l'artiste que dans celles de l'éditeur. Un livre réellement pensé et conçu. Franck Garcia a réussi sans encombre la prouesse de nous faire voir une grande partie de son travail de peinture et de dessin. En tenant entre les mains ce petit opus boursouflé, je me dis avec émotion qu'il ne l'est pas d'ego ni de statistiques.. Il transpire dans ses auréoles, il dégage réellement une délicate odeur de poussière. Celle du linceul, celle de la térébenthine collée au lin. Même dans sa mise en abîme on perçoit le cri tenu du fantôme qui jouit, le souffle court du peintre qui ne se voit plus dans la glace que sous la forme de monceaux de chairs épars sanguinolents; à tête de poisson, en croupion de poulet, en boeuf fendu de la gorge au rectum ou bien en avatar de débris d'os pulvérisés au hachoir.. avant que dans le mirage du petit matin blême l'on croise l'artiste revenant de la troisième mi-temps, écharpe des girondins de bordeaux autour du nez, regard hagard cherchant pour une ultime tentative à être encore là avec les absents. Ce livre subtil livre des douceurs chromatiques et la chaleur d'une vraie peinture. Il vient souvent contrer les choix des sujets et entretenir le doute de la provenance d'autant de faciès en un, par cette douce symbolique du vis à vis. Franck Garcia ne peint pas dans la dentelle, elle ne servira pas non plus à emballer le tout. Richard Meier a encore une fois eu le flair et la sensibilité du peintre regardant dans son oeil de boeuf avant d'ouvrir la porte, pour faire signer un artiste en ascension pour un ouvrage à la fois esthétique et dérangeant. Christophe Massé

 

Anthologie Vents Contraires Force 18

À l’aube de l’an 2000 naissait la collection de poésie Vents Contraires que me confia Richard Meier.Sept ans plus tard et après la publication de dix-huit livres, pour autant d’auteurs, j’ai voulu marquer cette première étape d’une trace. L’anthologie Vents Contraires revisite, à travers quelques extraits, les livres de la collection. Mais elle propose aussi, pour chacun des auteurs en question, des textes inédits. Elle devient le catalogue singulier de 18 poètes d’aujourd’hui. L’un d’entre eux, Michel Valprémy, manque depuis peu à l’appel. Je lui dédie cette anthologie. Alain Helissen

Franck Doyen

 

 

(VOUS) dans la montagne

 

Cela pourrait commencer ici et maintenant dans la montagne. Avec vous (ne vous déplaise). Un « vous » que Franck Doyen martèle inlassablement sans jamais dévoiler son identité réelle. Il y a bien quelques indices : le personnage est un soldat blessé à la cuisse, esseulé sur un champ de bataille, à 2000 m d’altitude. Des corps jonchent le sol autour de lui tandis que résonnent des détonations proches. Mais ce décor uniforme revêt peu d’importance et si ce personnage lutte pour sa survie, ce n’est pas à l’intérieur d’un roman d’action, mais tout au long du sentier rêche et rugueux sous « lalangues ». Vous, dans la montagne constitue une espèce de métaphore de l’écriture, à travers un réquisitoire impitoyable. Il faudra bien régler ces histoires de fuite avec vous-même (…) occupé à houspiller la limite à tarauder vos gouffres (…) le trou béant et rouge fait par l’écriture (…) pour trouver les recoins inhabités en vous (…) et croire encore en quelque chose. Franck Doyen, lui, ne croit pas « vrai-ment » à l’écriture comme secours à une vie désespérément vide. Il se sait écrire dans l’écriture, celle venue d’ailleurs, bien avant lui. Il y a cependant, autour de vous, dans la montagne, des phrases venues mêler le politique au poétique : situations sociales aussi invivables pour une majorité qu’économiquement rentables pour une minorité. Ce livre remue le doute, dénonce le « hamac de l’écrivain » comme piège du néolibéralisme, combat le lyrisme désuet, rappelle les « aliénations par le corps et par la langue, compare le poète à un clown, évoque un « marxisme révolutionnaire avorté ». Vous, dans la montagne, c’est comme si vous y étiez. Pour un peu, vous seriez le héros du livre ! Allez voir et dites-moi si je me trompe. Alain Helissen

Jerome Bertin, Anne Van der Linden

 

 

Fragments du Carnage

Fragments du carnage s’inscrit dans la perspective de développement d’une para-poésie, d’une poésie de genre, entreprise depuis quelques années déjà par Jérôme Bertin. Après la prose poétique, Babylone-centre (Le Corridor Bleu) et Round 99 (Al Dante), l’auteur revient au vers libre avec Zyklon B Zombie (à paraître), et aujourd’hui Fragments du carnage, pour décrire son univers de série B. Il y donne à voir, comme dans ses précédents travaux, un monde chaotique, apocalyptique, aussi glauque que kitch, au bord de l’explosion, ou la drogue, le sexe, le crime ont pris le pouvoir.

 

 

Sang d’Encre de Roger Cosme Estève & Mireille Calle Gruber

 

Le don d'encre

Chère Mireille Calle-Gruber,

Au-delà de tout remerciement, de tout merci, de tout échange de valeurs, il y a don. Et ce don ne se réduit pas. Il excède toute valeur. Car c'est un don de soi : un soi qui s'ouvre comme s'ouvrent les veines du corps pour donner le sang, la vie. C'est un don de sang. C'est un don de sang d'encre. Une œuvre poétique qui oblige à ne pas la réduire à un échange ou une logique d'échange ; ou même une logique tout court. Une œuvre qui donne à penser en tant qu'elle est poème. Et comme l'affirmait Martin Heidegger dans son beau texte Qu'appelle-t-on penser en lisant L'hymne de Hölderlin :

Peut-être aussi qu'à son tour la parole de Hölderlin, parce qu'elle est poétique [Je souligne], nous appelle d'une façon plus riche d'exigence, et par là d'une façon qui nous est un meilleur signe, sur le chemin d'une pensée qui veut suivre ce qui donne le plus à penser.1

Cet appel me désarme par son exigence, mais m'oriente d'une certaine manière à suivre le chemin de la pensée. Ou à suivre l'écoulement de cette éclaboussure vers la pensée :

La poésie ce sont donc les eaux, qui parfois coulent à rebours vers la source, vers la pensée comme pensée fidèle.2

Suivons alors cet écoulement. Ce sang qui jaillit de cet objet d'art et coule le long du papier. Ce triple jet d'encre (auquel correspond les trois parties du poème) qui teint les yeux du spectateur/lecteur.

Le noir règne. Il est au commencement/commandement. Il se donne à voir et à lire sur je papier blanc en promettant les couleurs qu'il porte. Il est là pour empêcher tout arrêt. Toute station. Toute forme de se présenter à la lumière. L'ouvre d'art est ce lieu où tout n'est pas décidé. Où la tension des formes en formation / déformation se refuse à donner une figure figée. Où l'écriture échappe à tout contrôle. Où les sangs « ne sèchent jamais / comme d'une blessure / comme un épanchement / non tarissable non consolable ».3 Où tout est en marche.

Le noir règne. Il jaillit avant toute loi. Il est la folie des genres. Ces derniers sont en mouvement et en métamorphose perpétuels. Les corps ne s'identifient pas. Tout est en Passage. Tout est passage. Et le poète est là comme le peintre dans ce lieu sans lieu : « Je me tiens dans les précipitations / les cristallisations / les interrogations / à la méridienne des noms », Où le je se transforme en un jeu veillant sur la mobilité du monde.

Le noir règne. C'est le règne des revenants. Ils marchent « en aveugles ». Attirés par le retrait tels « des monstres privés de sens » comme disait Hölderlin.

Le noir règne. Et c'est le règne de l'hospitalité. L'accueil des ténèbres et de l'invisible. Le don du poème c'est son accueil de l'autre sans prévoyance.

Je m'arrête là. Je m'arrête à cause même de cet appel du poème. Et je laisse L’imprimante jeter l'encre : Nous sommes tenus de laisser la parole poétique dans sa vérité, dans la beauté.4

 

Arafat Sadallah

Le 22/01/2008

Notes

1 Martin Hedegger, Qu'appelle-t-on penser?, Tr. Aloys Becker et Gérard Granel, Ed. P.U.F. « Quadrige », Paris, 1999, p.31 - 2 Ibid. p.30 - 3 MireilIe Calle-Gruber et Roger Cosme Estève, Sang d'encre, Ed. Voix. - 4 M. Heidegger, op. cité p.32

 

Jean Louis Vila, à peu près au milieu,

(quatrième L. Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy) tiré à 33 exemplaire avec un dessin de l’auteur -

120 €

76 p. couleur

 

“J’ai ce moi-ci douze mois de plus qu’il y a juste un an ; or, comme, parvenu à peu près au milieu de mon quatrième volume, je n’ai retracé que l’histoire de ma première journée, il est clair que j’ai aujourd’hui trois cent soixante-quatre jours à raconter de plus jusqu’à l’instant où j’ai entrepris mon ouvrage. Ainsi, au lieu d’avancer dans mon travail à mesure que je le fais, comme un écrivain ordinaire, j’ai reculé de trois cent soixante-quatre fois trois volumes et demi, si chaque jour de ma vie doit être aussi plein que celui-ci (pourquoi pas ?) et si les événements et (les opinions qui l’emplissent doivent être traduits aussi longuement (et pourquoi les couperais-je ?). En outre, comme à cette allure je vis trois cent soixante-quatre fois plus vite que je n’écris, il s’ensuit, n’en déplaise à votre excellence, que plus j’écris, plus j’aurai à écrire et plus par conséquent, votre excellence aura à lire. La vue de votre excellence ne risque-t-elle pas d’en souffrir ? “

L. Sterne “ Vie et opinions de Tristram Shandy”

 

Bernard Heidsieck, Abécédaire

32 p. 26 planches couleur, texte d’introduction de l’auteur, 15 €

 

Chacun de ces ABÉCÉDAIRES constitue en réalité, et en quelque sorte, une variante d'un "exercice de styles", à résoudre, décortiquer, dérouler, chacun assumant ses caractéristiques propres, et chaque lettre de chacun d'eux se devant à son tour d'être différente tout en conservant néanmoins, bien sûr, le style et l'esprit de l'ABÉCÉDAIRE dont elle dépend.

 

Soulignons enfin, comme l'a précisé Jean-Jacques Lebel, précédemment cité, à propos de mes "ÉCRITURES/COLLAGES” en général, que sont utilisés pour l'élaboration de ces "planches", non seulement des lettres d'imprimerie prélevées dans des journaux, des magazines ou des revues mais également de la bande magnétique ainsi que des amorces pour bande, de couleurs variées, ces derniers éléments ayant constitué, des, années durant, mes outils de travail pour l'enregistrement de mes poèmes. Il y a donc là, à coup sûr, entre ces différentes activités et disciplines, une solution de continuité.

 

In fine, n'ayant d'autre signification que celle de leur abstraction même, ces "planches" assument leur existence fragile, en définitive - ou le tentent - dans la variété du jeu qui les met en place, par la coloration de ce dernier, sa tension souhaitée, sa variété, et souhaitons-le, son éventuelle fantaisie.

 

Bernard Heidsieck / 1er février 2 008

àvoiràlireàécouter

Galerie auteurs

A voir A lire

Exposition

Retenus

Catalogue

Collections

Auteurs

Liens

Contact

Richard Meier

Presse

Fireboox