Collection Vents Contraires
première traversée (2000/2007)
Qu’est-ce qu’une collection de poésie ?
Sept ans après la création de Vents Contraires il m’est peut-être plus facile de répondre, puisque les titres se sont progressivement accumulés pour constituer aujourd’hui un fonds riche de 16 ouvrages.
Une collection s’annonce avec livres à l’appui, écrivais-je à l’aube de l’an 2000. Ce sont ces livres, précisément, qui, se rajoutant les uns aux autres, contribuent à forger une espèce de bibliothèque singulière, une vitrine volontairement sélective – et par trop restrictive, j’en conviens – de la création poétique contemporaine.
En un mot une collection.
C’est à dire un espace de publication ouvert à certaines opérations poétiques d’aujourd’hui.
Vents Contraires ne cherche pas à créer ou défendre quelque courant poétique. Juste à retenir dans ses choix un rien subjectifs les chantiers littéraires qui lui paraissent les plus novateurs, les plus risqués, les plus « résistants » aussi aux armes de textruction massive (cf. J.P. Bobillot) détenus par « la normalité » éditoriale et ses agents de sécurité.
Vents Contraires fait partie des lieux se raréfiant où souffle encore un vent de liberté de création, tantôt « affolant la boussole du sens », tantôt déclarant « l’échec de la poésie » ou « la poésie compromise », ou encore qu’« il n’est de poésie qu’à s’en moquer. »
Turbulences, trafics, détournements, connivences, hybridations, systématisations, sonorités, déviations, fictions, mélanges, fragments, slogans, trouées, assemblages, listes…
Vents Contraires, une association de mal-faiseurs ?
Non, une collection de poésie.
Alain Helissen
3 février 2007
Bruno FERN
111 Points de contrôle
De la langue qui compose les livres, peu d’écrivains songent à lui faire passer un contrôle technique. On ne s’étonnera pas, alors, qu’elle puisse essuyer des pannes, avoir des fuites dont on cherche vainement l’origine. Pour son premier livre Bruno Fern a pris soin de vérifier minutieusement l’état de cette langue, en la soumettant, excusez du peu, à 111 points de contrôle. C’est sans doute exagéré. Mais l’examen a le mérite de livrer quelques constats désopilants, par exemple : la langue aussi a son frein mais le plus souvent elle n’appuie guère dessus et fonce sur le premier venu.
Élément par élément, Bruno Fern construit ici comme un texte à tiroirs. Il en rassemble les parties sans notice d’assemblage en admettant un résultat un peu décousu tant la langue qui fourche qui fourgue des mots souffre de failles en son système. Et ces 111 points de contrôle sont autant de petits pavés disséminés, malgré leur numérotation, dans un imbroglio indéfinissable, sens devant derrière et inversement. Pas de « colonne vertébrale », donc, à quoi se rattacher pour donner corps au texte, mais une forme avouée d’égarement ou d’errance. L’auteur dresse en fin de volume une liste « d’emprunts » à quelques poètes, que l’on retrouve discrètement – et savamment – mélangés aux vers. Il se tient quant à lui à l’écart, c'est-à-dire dans les mots, ceux dans lesquels il tombe comme l’autre dans la potion. Et s’il voudrait la tenir la syntaxe en faire du solide (…) le vers se dérobe et n’en finit pas dans la phrase de créer de l’espace. Les 111 points de contrôle, on l’aura compris, sont probablement plus nombreux encore.
Alain Helissen in Sitaudisrouées, ass
Jean-Pierre Bobillot
Tombeau d’Isidore Ducasse
Receuil à rédaction lente (larve du pou !), ce Tombeau qui pourrait aussi bien être un Berceau incorpore formes brèves (mais surtout pas haïkus …), détournements mineurs, manipulations minimales, voire minimalistes : calembours, contrepèteries, métathèses, tmèses & autres catachrèses – mais aussi : pensées sur la moquette, maximes, apophtegmes & sentences, slogans, poèmes trouvés, poèmes à voir, poèmes en prose, poèmes tout court & (pour faire bonne mesure…) « Poème trop long ».
Cailloux de Petit-Poulset : comme autant de fragments qui jalonnent ou scandent un itinéraire hasardeux – sentiers plutôt qu’Autobahn, fourrés touffus, touffeurs fourrées, brusques échappées plutôt qu’enveloppantes perspectives, à l’improbable tracé parmi l’irrespirable Amazonie des discours & des dogmes – que l’auteur parmi d’autres défricha (à mains nues) près de 20 ans durant. C’est donc : un manifeste, discrètement doublé d’un pamphlet, dont il emprunte quelquefois le ton ou le tour.
L’auteur
Né en 1950. Poëte bruyant, non métricien tendance pro-Dada, chercheur de poux. Anime la collection Electre depuis 1985 et la revue Maison Atrides & Cie depuis 1989. Auteur d’une thèse de doctorat d’Etat sur la crise d’identité du vers dans la poésie française de Rimbaud à Apollinaire & de nombreux articles concernant la question du vers, Rimbaud, la poésie sonore, etc. Pratique la lecture à voix rauque&drôle, volontiers en duo, avec Sylvie Nève depuis 1979, avec Jean-Louis Houchard depuis 1998.
Dossier de presse :
Le sourire aux lèvres, j’ai visité le tombeau d’Isidore Ducasse conçu par Jean-Pierre Bobillot. La composition d’allure symétrique de cet hommage architextural fait penser à certain mastaba égyptien. Le centre du tombeau est occupé par un poème trop long encadré par deux notes sur la poésie. On pénètre dans le tombeau en lisant les dernières répliques avant la sieste et on en sort avec les nouvelles répliques après la sieste. Un poème en temps réel clôt l’ouvrage en un résumé anamnésique. Enfin, l’ornementation plastique n’est pas oubliée puisque l’architecte a intégré des collages poèmes visuels de sa composition entre les dalles pages noires et blanches.
Les répliques, dernières ou nouvelles, avant ou après la sieste, sont un bouquet d’aphorismes, jeux de mots, contrepèteries, calembours, poèmes et romans courts, concentrés d’humour, de savoir, de sensualité, parfois d’un érotisme joyeux et attentionné, ainsi :
« Je fais souvent ce rêve : être ange et pénétrant. »
« Un gland de fer sous des doigts de velours. »
« Votre temps est bref, soyez précieux ! »
« Sous la joue attentive, l’estomac, ce soyeux cloaque… »
« Sans fracas, la barbaque devient chair d’amour… »
« Strip-tease viscéral, la digestion est le moment le plus paisiblement érotique. »
« Clair comme une histoire à l’eau d’épine de rose qui se lit comme du petit lait au fond de la gorge d’Annie. »
Les noms propres des vivants et des morts circulent dans ce tombeau plein comme un neuf ; en vrac, on y rencontre Kerouac & Mallarmé (pour un remix-mix du Coup de dés et des Mexico-City Blues), Démocrite, Whitman, Nève, Hendrix, Laforgue, Valprémy, Fénéon, Khlebnikov, Moulinier, Robinet… On se souviendra aussi de Bobillot polyglotte avec quelques poèmes en anglais. La translation est alors autre chose qu’un déplacement géométrique, voir en particulier les permutations de black thirst day bloody sun day (Hello, Brion Gysin !). Au centre de l’œuvre, le poème trop long à rimes plates, octo & hexa syllabes mêlés, déroule pour nous plus de quatre cents vers bâtis sur le modèle le lieu sans la formule, c’est comme… le Bosphore sans les Dardanelles, le tiroir sans le polichinelle, comme Vladimir sans estragon… C’est un poème encyclopédique, une description du monde (que ce monde soit ou non un langage) ; on y rencontre pèle mêle, le pèle et le mêle, on aurait pu y rencontrer le beau et le comme, la machine à pluie et le paracoudre…
Les notes sur la poésie sont des projets de préfaces permettant de joindre les couplets théoriques aux refrains poétiques, sous le signe de cet exergue mallarméen : « Tout écrivain complet aboutit à un humoriste. » Ces notes dans lesquelles s’agitent la glose, la modernité, l’étonnement, la vérité pratique, la dialectique, la pragmatique, le paradoxe, la poétique, le sujet, le matérialisme, le maniérisme, la négativité, débouchent sur cette conclusion non par un, mais imparable : « En un mot : la poésie, c’est la critique &, en tout premier lieu, la critique de la poésie. »
Le livre s’achève sur le poème en temps réel, poème polyptotique qui reprend l’ensemble des procédés et des registres du livre dans toutes les constructions possibles autour du mot avenir.
Ce tombeau, hommage à l’inénarrable auteur des Poésies est sain, riant, aéré, un bel endroit pour les vers. N’oublions pas non plus que Jean-pierre Bobillot, non-métricien pro-dada, est un poète sonore et même bruyant. Son Tombeau d’Isidore Ducasse est une caverne d’échos dans laquelle j’entends résonner son rire.
Lucien Suel/Paru dans CCP N°0
Hubert Lucot
Pour plus de liberté encore
foutus pour foutus
n’en faisons pas un drame
maximes, manchettes, slogans,
collages et autres vérités
Sensible, depuis des décennies, à la poésie publicitaire et à la sagesse des médias, effaré que l’amour de la liberté et la passion du dynamisme entrent difficilement dans nos moeurs ou s’arrêtent en chemin, Hubert Lucot se plaît à marteler les slogans hyperlibéralistes de notre présent et, espère t-il, de notre avenir.
Extraits choisis
- Si chacun volait son prochain, tout le monde serait riche.
- Soyez, vous aussi, compétitif. Exigez le blocage de votre salaire.
- Il y a trop de misère dans le monde ; laissez au moins les riches être heureux.
- Les injustices sont indispensables à l’équilibre social. Il faut renforcer celui-ci.
- Chaque jour remerciez Dieu d’être né blanc et de savoir presque lire et écrire.
- A-t-on le droit d’interdire la torture dans les vingt pays les plus pauvres ?
- Renoncez à tout, sauf au profit.
- Une nation est libre quand ses prisons sont pleines.
- Truquons les statistiques, les vraies sont d’un ennui mortel.
- La pollution ne menace pas l’humanité, bien au contraire. réfléchissez :
les mauvais mourront, les bons survivront, plus forts encore.
- Les médias du monde libre :
« Nous mentons mais nous le savons, et personne ne nous interdit de l’avouer. »
- L’extrême douceur de certains poètes ne doit pas nous faire oublier la dureté de leur plume, qui ne laisse presque aucune trace sur le papier.
- On a voulu enterrer le général de Gaulle à côté du Soldat inconnu,
mais de Gaulle lui aurait fait de l’ombre.
- Le communisme est mort, mais également le capitalisme, et donc la lutte des classes, réjouissez-vous. En effet, le capitalisme sauvage d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le capitalisme véritable.
(... et plus de 800 autres…)
Du même auteur
Parmi les dernières publications :
Les voleurs d’orgasme, P.O.L, 1998
Probablement, P.O.L, 1999
Frasques, P.O.L, 201
Opérations, P.O.L, 2003
Opérateur le néant, P.O.L, 2005
Le Centre de la France, P.O.L, 2006
Le noir et le bleu (Paul Cézanne), Argol, 2006.
Grands Mots d’Ordre et petites phrases, P.O.L., 2007
Dossier de presse :
Nous n’accumulerons pas ci-après des phrases pompeuses ou vides de sens, il suffira en effet de déclarer, en évitant de mentionner l’existence, sur une planche de notre bibliothèque, de cet exemplaire du Gato noir, que nous trouvâmes chez un bouquiniste, à Bruxelles, qui appartient donc très probablement à un lecteur indifférent aux hommages de l’auteur (on a gommé, bien entendu, le nom du goujat), que Pour plus de liberté encore d’Hubert Lucot est un recueil de réflexions, de pensées, d’aphorismes, qu’il y est question (par lettre alphabétique) de ou d’abris anti-humains, anarchiste hostile à tout, anus d’une grive française, automobiles Gitanes, bébés parfaitement ronds, belle tête de légionnaire alcoolique, canards boiteux, casquettes Ricard des juges, chiottes à carte magnétique, chocolats sous plastique, communisme qui règne dans nos clubs de vacances, congrès national des détenteurs de caisses noires, cours de méfiance, diarrhée verbale, eaux de Donrémy, enfants biodégradables, erreur judiciaire en direct, études ralbologiques, fermière grosse et grasse, fiente de pigeon, maison de Rimbaud à Aden, mauvais professeur de sanskrit, mitterrandiste à 80 ans, musée du Pot-de-vin, nul en 20 leçons, perestroïka bordélique, petit imperméable dessiné par Cardin, pétomanes français, premier concile oecunémique anti-femme, prêtres défroqués, protège-tibia, pyramide du Chinois américain, quelques jeunes saligauds, technocrate ivre de chansons, tombeau du rat inconnu, transfusions de pisse de chat, veau marengo, mais peut-être pourrions-nous quand même en citer l’un(e) ou l’autre in extenso, choisi(e) au hasard ou selon des critères de sélection très rigoureux, à titre d’exemple et de conclusion, celui-ci, si, bien entendu, il vous convient (n’hésitez pas à nous communiquer vos goûts en la matière, nous en tiendrons – et teindrons, en prime, notre chevelure folle en blanc vénitien – compte, promis) Méfiez-vous du format 21 x 29,7, le format des manuscrits refusé.
Alain Debaisieux
Paru dans Le Mensuel littéraire et poétique, avril 2001.
Recenser puis faire dérailler les slogans de la novlangue médiatique, économique, et politique contemporaine en les répartissant en plusieurs séquences thématiques sous-titrées en conséquence – Pour une sagesse post-moderne, Coups de cœur, Halte à la misère !, En direct de la Banque du cul, opération portes ouvertes, Bienvenue au ministère des Droits de l’homme, Pour une vraie campagne de moralisation, Ne faites pas le procès du direct !, Enfin la fin des tabous… – : tel est l’enjeu de Pour plus de liberté encore, le dernier livre de Hubert Lucot. Cette organisation thématique (plutôt qu’alphabétique, comme l’est celle de l’ABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot) se double d’un détournement ironique de la plupart des sentences et mots d’ordre de l’époque afin d’en faire dégorger le sens et les intentions cachés : « Petits porteurs, détachez vos coupons avec soin », « Après le travail, nul repos. Les casse-tête de l’épargne vous tendent les bras », « Un million de fidèles ont soudain envie de pisser en même temps. C’est la ruée, c’est la mort », « Le retard considérable de ce pays sympathique en proie au chômage sera comblé après la première vague de licenciements », « La Terre est à ceux qui la sponsorisent », « Certains ont employé toute leur vie à rédiger un nouveau statut de la Sécurité sociale. Que reste-t-il de leur œuvre si ce n’est le style ? »…Progressivement s’agence une poésie politique de l’énoncé, contaminant ce dernier afin de cesser de « communiquer » servilement et éviter de « finir à l’asile ». Ne pas se faire avoir par les rhétoriques de tous ordres mais au contraire les décortiquer, les déplumer, désampouler, les ramener à la froide logique de leurs sentences-clé : « Ne vous laissez pas faire, soyez plus vicieux qu’eux ! Si on vous donne un conseil, suivez le, mais MAL ». Plutôt que de simples pastiches ou de contre-pétries style almanach Vermot, les montages de Lucot constituent ainsi un faux qui, comme dans les films de Jean Eustache, est plus vrai que le vrai : les séries de clichés journalistico-politico-économique sont une opération sur la langue faisant ressortir la cohérence de la logique tyrannique à l’œuvre dans le réel, et ce faisant, elle commence déjà à la subvertir. L’ironie prononcée du livre – qui fut développée dans un texte ultérieur de Lucot : Les Voleurs d’orgasmes – n’est en effet ni dépressive ni nihiliste, au contraire : elle se retourne sur elle-même en prenant pour objet ce qu’elle pourrait devenir : « Hubert Lucot est amer parce que la CIA refuse ses services », « Hubert Lucot est pessimiste parce qu’il n’arrive plus à se rappeler le numéro de son compte en Suisse ». L’ironie, ici, est astringente, décapante, active car synonyme de lucidité, de prise de conscience. Comme chez Michot, mais selon des modalités différentes, il y va d’un travail d’exposition des structures sociales et politiques telles qu’elles se camouflent et opèrent depuis les normes langagières d’une époque. Ne pas être dupe. Mais pour autant ne pas être triste. Et le dire – « foutus pour foutus n’en faisons pas un drame ». C’est une façon pas si fréquente – mais bien efficace – de résister.
Jérôme Game
Paru dans La Polygraphe, vol. 20/21, automne 2001.
Lucot en 3D, leader du F.L.L. et du C.L.E.P.N.P.
Faut-il avoir lu Les voleurs d’orgasme dont seraient extraites les maximes (les refusées ?) que l’on peut lire dans Pour plus de liberté encore ? Faut-il savoir que Lucot est un grapheur ? Que, depuis les années soixante-dix, il mêle biographie et politique ? Qu’il se situe à contre-pied, à contre-courant, à contrecœur. Qu’il aime les contre-emplois, qu’il mène des contre-enquêtes de contre-espionnage. Qu’il est un contre-exemple. Parce que c’est un contrevenant. Faut-il savoir que c’est aussi un colleur (d’affiches) : qu’il cut-up, qu’il prélève, qu’il fabrique, qu’il retouche ? Faut-il avoir lu ces grands livres que sont Phanées les nuées, Langst, Sur le motif ? Lucot fait aujourd’hui de l’art polétique (art + poésie + politique). Il ajoute une D(imension) aux autres (cordes à son arc). Et nous lance des maximes socio-politiques à la tête, dans un grand geste ennuyé. Histoire de mettre en déroute ceux qui auraient pu croire qu’on pouvait s’assoupir en poésie. Ici encore, Lucot a décidé de défaire l’ordre établi et c’est essentiellement au « politiquement correct » qu’il s’en est pris. Et d’utiliser le fonctionnement des messages médiatiques, de s’en jouer pour faire de la vraie (dérision) avec de la fausse (publicité). De fausses maximes avec de vrais lieux communs. Et de fonder le F.L.L (Front de Libération du Langage). Il coupe, découpe, il colle, il assemble. En cela, c’est du travail d’artiste. Sauf que c’est du travail d’écrivain. On pourrait presque, mot pour mot, reprendre les termes de Catherine de Smet pour Thomas Hirschhorn : « Dans l’œuvre de Hirschhorn, l’imprimé se présente, au premier regard, sous les espèces d’images découpées dans les magazines, de pages de journaux ou d’éléments issus de différents univers éditoriaux (reproductions d’œuvres d’art, prospectus, images pieuses, etc.), parfois grossièrement retouchées au stylo, et intégrées à des compositions, sur des supports de taille et de nature diverses (…)? ». Dans Pour plus de liberté encore, Lucot ne laisse aucune trace de son pré-travail de prélèvement. Il ne donne que du texte. Dans un livre qui déborde de dérision et de cynisme : « Consommez jusqu’à ce que mort s’ensuive. » ou encore : « Passant de la démocratie laxiste à la démocratie rigoureusement démocratique, nous exigeons l’interdiction des écrits hostiles au consensus démocratique. » Le tout, sous forme de fragments passés au crible du travail sur la langue et le sens : « qu’est-ce qu’un livre ? C’est l’ébauche grossière d’un feuilleton télévisé ».
Ce livre a pour vocation essentielle de déranger. Il bouscule. Il gêne. Et Lucot ne rappelle aucune vérité bonne à entendre. En P.D.G. efficace de la Compétitive Lucot Entreprise Performante de Nettoyage des Poncifs (C.L.E.P.N.P.) de tous horizons.
?) Du latin politicus « relatif au gouvernement des hommes », lui-même, du grec politikos « qui concerne les citoyens, l’Etat », dit Alain Rey, dans son dictionnaire historique de la langue française.
?) Relier le monde. Thomas Hirschhorn et l’imprimé, Catherine de Smet in Cahiers du musée national d’art moderne n° 72, été 2000.
Véronique Vassiliou
Paru dans CCP N° 1 ; 2000.
Charles Pennequin
écrans
Que sont les écrans ? Qu’est-ce qu’ils font autour de nous ? Où est-ce qu’on est pendant tout ce temps ? Est-ce qu’on est bien dans, c’est-à-dire en soi ? Qu’est-ce qu’on y fait ? Est-ce qu’on y naît ? Est-ce qu’on y parle, y souffre, y aime ? Est-ce que les écrans sont nos nouveaux corps, notre nouvelle maladie ? Est-ce qu’avoir un corps c’est forcément être dedans ? Est-ce que le soi n’est pas plutôt du dehors ? (...)
Autant de questions et plus qui crèvent ces écrans, sous la plume vitriolée de Charles Pennequin. Nous sommes très loin ici du « poétiquement correct », dans la violence d’une langue extrêmement crue qui tente de rassembler ce qu’il reste « d’être » en nous, derrière tous ces écrans qui envahissent notre cerveau jusqu’à n’en faire qu’un récepteur/émetteur d’images et de sons venus se substituer à une intériorité de plus en plus hypothétique.
Né en 1965 et découvert par Christian Prigent, Charles Pennequin mène depuis quelques années et plusieurs livres une expérience poétique parmi les plus singulières et les plus radicales d’aujourd’hui.
Du même auteur :
Le Père ce matin, Carte Blanche, 1997.
Dedans, Al Dante, 1999.
Moins ça va plus ça vient, Le jardin ouvrier, 1999.
1 jour, Derrière la salle de bain, 2001.
Lettre à J.S., Al Dante, 2001.
Bibi, P.O.L., 2002.
Bine, Ikko/Le corridor, 2003.
Bibine, L’attente, 2003.
Je me jette, avec Pascal Doury et Stéphane Collin, Al Dante/CNEI, 2004.
Mon binôme, P.O.L., 2004.
Entravés, Le Triangle, 2006.
Dossier de presse :
Charles Pennequin veut avoir une conversation avec celui qui l’habite. Celui qui, hors écran, se déclare malade, en porte-à-faux avec ces images venues de l’extérieur envahir son cerveau jusqu’à faire de lui un corps-écran, satellite d’un corps original plus que jamais en mal d’identification. C’est cette part de « malade » en lui que l’auteur s’acharne à libérer ici, dans un texte d’une rare violence utilisant une terminologie outrancière très loin du poétiquement correct et plutôt près du scatologiquement perfect : Nous sommes des trous du cul, des suicidés du trou du cul, que l’trou du cul nous pense en dedans, car le dedans n’est malheureusement qu’un trou du cul où nous bouffons, où nous sommes des bouffons, la réalité nous bouffe (…). Ecrans s’en prend aux images, celles surtout de la télé, fosse commune du moi, trou habité par Dieu pour y focaliser tous ces saints sacrements (morale, famille, société…) qui viennent parasiter notre être, substituant à sa pensée propre une image venue du dehors tisser sa toile en nous.
Charles Pennequin formule autrement cette aliénation mentale, en s’appuyant sur un questionnement philosophique : Est-ce que les écrans sont nos nouveaux corps, notre nouvelle maladie ? Est-ce qu’avoir un corps c’est forcément être dedans ? Est-ce que le soi n’est pas plutôt du dehors ? Qu’est-ce qui reste du fond de notre être quand il communique par écrans interposés ? Pourquoi les écrans nous font croire à la vie, alors que nous n’y sommes pas, alors que nous sommes sur terre tels des enterrés vivants, des vivants fonctionnant en vase clos, dans des boîtes ? Ce livre pose sans détour le cadre de notre liberté individuelle. Il est rage et résistance face à notre embrigadement, à la violence de cette non-vie réglée de l’extérieur qui nous voudrait simples consommateurs de mots-écrans, répétiteurs remontés mécaniquement, communiquants clonés jusqu’à la moelle. Malade de la parole et de son commerce illusoire. Charles Pennequin mise sur l’écriture : Parce qu’écrire est simple, écrire est pour moi la seule lisibilité, car la seule liberté laissée à l’homme d’aujourd’hui (…) écrire est nier, nier l’action, nier la vie d’action, nier le commerce, nier l’existence et les ressentiments, nier le soi posé au soi pour accomplir son devoir de négationniste, négationniste de soi-même et de l’autre (…) On pourrait prolonger à l’envi les citations de l’auteur, tant celui-ci s’évertue à clarifier son propos, notamment dans les deux dernières pages de ce livre qui ont comme force de testament littéraire. Mais le mieux est de quitter nos écrans opaques pour ceux de Charles Pennequin. Avec le seul risque de nous y reconnaître.
Alain Helissen
Paru dans Le Mensuel poétique et littéraire N° 301
« La télé est comme mon trou/quand il déborde/mon trou de balle déborde/dans la télé » : les bouts du trou des chiures, ou comment un moi-trou est pris en charge, en mains, en mots et en images par les polyvalents de la clinique médiatique contemporaine – la télévision –, et est ainsi essoré, hystérisé en un bourrage et une digestion sans fin. Ecrans dit cette partouze morbide, celle d’un corps poreux (l’anatomique comme le langagier, le charnel comme le spirituel, chacun troué de leur anus et boyaux respectifs, séparés, à jamais clivés dans leur être : la division chère à Artaud comme à Beckett) et d’un flux uniforme et irradiant (celui provenant de la surface plane de l’écran télé). La bonne plasticité virtuelle de l’image cathodique remplit sans se faire prier les cavités de l’âme/chair qui, incapable d’assumer son sort de matière finie, brisée, ne demande pas mieux : « la télé est dehors, à penser dans mon trou », « ça chatouille quand la télé m’encule des yeux je sens les poils de couilles du monde en moi. » a base de cut-up de documents administratifs (ceux des hôpitaux), de publicités et de séries télévisées notamment, Ecrans forme un texte plat, une surface constituée par le nivellement prosaïque d’effets, de signes, de contextes ponctionnés sur le réel télévisuel. Tout se mélange non pas en une circulation cohérente mais en une sérialisation contingente des signes d’où émerge une pulsion, un syndrome plus qu’un symptôme : celui de la déréalisation accélérée de l’existence, qu’il convient impértativement, selon Pennequin, d’enrayer pour conserver une chance d’être vivant. A cette fin l’écriture étale ce syndrome, le déplie, le figure plutôt que ne l’explique ou l’exorcise. Elle le lmonte, en manifeste via des effets de langue la nature matérielle (idéologique) et contaminée/contaminante. C’est une réussite de cette écriture que de révéler une subjectivité/corporalité purement sociale, intimement politique, ouverte et modelée par ses branchements permanents sur les outils du Pouvoir. En lisant Ecrans, j’ai soudainement eu la vision géante de Claire Chazal, bourgeoise iconique en train de susurrer à la France entière, habillée en Deneuve, soufflant les malheurs du monde à notre oroeil national, cadrée en gros plan, plan de star, plan Figaro Magazine ! Pennequin : « La télé est votre tombe/votre corps tombal. » On assiste en effet médusé, angoissé, en direct-live, aux effets irradiants d’une économie culturelle de sur-exploitation : celle du salon-plateau-télé-trou-de-balle. Le texte surenchérit sur les cut-up dont il se sert et parvient à en exfiltrer la vérité de l’image-TV : Ecrans n’est ni un strict montage ni une thématique exhaustive ou synthétique mais un dialogue schizophrène où tout est dévissé et revissé et où la niaiserie stroboscopique de l’image-TV est refigurée en une prose plate à la syntaxe tournoyante, énumérative, permutative, hypnotique. Comment un pouvoir prend-t-il les corps, les têtes ? Comment retourne-t-il l’âme/corps comme un gant, par l’anus (corps/trou fantasmant sur le plein), pour mieux le contrôler ? Comment survivre à tout cela, à cette surface protéiforme hyperadhérante qui nous asphyxie, nous avale, nous déglutit et nous encule tout à la fois : qui sommes nous ? Une TV à nous-mêmes ? une TV à nous tous seuls ? Le livre de Pennequin pose ces questions. Il n’apporte pas de réponse (à part dans les dernières pages, très explicatives, comme un mode d’emploi rétroactif, et qui courent le risque de rabattre ce qui précéde sous un chapeau trop immédiatement dialectique). Il est une réponse. A l’époque de l’éternel sourire télévisuel, de la santé fascisante de l’image cathodique, vivre signifie être malade, ne plus savoir parler. Une remarquable littérature de résistance et de vie.
Jérôme Game
Paru dans Action Poétique N° 171, mars 2003.
(Georg, la Vie, il l’aime, fruit (de) riche ;
et il la croque à pleines dents)
Porter le prénom de Baudelaire et de Bovary n’est pas un maigre déterminisme quand on veut faire le poète, ni un maigre paradoxe. Mais Paradoxe aura peut-être été le nom de notre plus intime Déterminisme. Nous, toi/je, mangeant/jeûnant, séduisant/indifférent, donnant/réduisant. Boulimies et vomissements ? voilà ce que rend Charles Pennequin qui dit que l’homme est cet être qui dévore gloutonnement son existence et n’en finit pas de se faire vomir – existence qu’il est lui-même, se mangeant et se vomissant. Mais ce Mangeant et ce Vomissant, ce Vengeant et ce Momissant « On », aura voulu tout faire entrer et ç’aura été la Vie. Parce que dans le Tout, il y a Immanence, et dans Hegel, et que ça continue de gueuler à pleine gorge, et à couler en vomissures…
Il y a du nouveau dans l’autobiographie. Et pour savoir d’où ça vomit quand ça vomit, c’est à dire continuellement, relire l’article de François Laruelle, « La Scène du s Laruelle, « La Scène du vomi », Critique, n° 347, 1976.
Saturnin Rivarette
Paru dans CCP, n° 5, avril 2003.
Merci, cher Alain Helissen
De cet extraordinaire coup de poing en forme de livre de Charles Pennequin (Artaud qui se voit dans la glace en Benjamin Péret). Ça ne m’est pas arrivé depuis si longtemps de lire un livre de cette force. Choc et découverte, c’est une joie pour l’éditeur de s’être trouvé là. Dans votre collection je connais Serge Ritman et Vassiliou, Dubost et Game. A suivre. Je ne sais pas comment, mais on verra. Un jour ou l’autre.(…)
Courrier de Dominique Grandmont
Daté du 29.11.2002.
Alain Helissen
Les Poétrous
Pamphlet poétique décliné en plusieurs séquences, les poétrous investissent le territoire de la poésie moderne par tous ses trous.
Volontiers irrévérencieux et intempestif, l’ouvrage s’en prend à un certain statu-quo actuel de l’édition poétique – il y a heureusement d’agréables exceptions –, un consensus mou autour de quelques registres surmâchés comme ceux du narcissisme aigu, de la matérialité, du formalisme roi, du lyrisme, de l’inconsistance, de la frivolité ou de son pendant la gravité. Les poétrous travaillent les trous d’une langue qui n’a pas dit son dernier mot. Avec le plaisir fripon d’éclabousser bien au-delà de la mare – et au-delà du réel – en lançant des petits pavés, de bonnes intentions, comme de bien entendu.
extraits des Poétrous
Il faut deux trous
pour faire un monde
A peine sorti du premier
on trébuche dans l’autre
Ce n’est pas la profondeur du trou
qui importe
C’est sa densité
Et plus que son diamètre
son étendue
(...)
Troue lui
l’tutu
d’la langue
Lèche lui
ses bas-fonds
Materne le
d’ta confiture
jutée par tous ses trous
C’est trop
ça se dénoue
en découd
Et tout d’un trou
lache du mou
libère son fou
Tympan !
tympan !
l’oreille
le son
glotte-musant
comme indien
célébrant
trou la la
trou la lère
le grand manitrou
L’auteur
Né en 1954, Alain Helissen a co-animé la revue littéraire et artistique FAIX (1979/1982) avant de faire partie du comité de rédaction de la revue Sapriphage. Il a publié une dizaine d’ouvrages de facture très différente et collaboré à une cinquantaine de revues. En parallèle à son travail de création littéraire, il est aussi chroniqueur dans diverses revues et dirige depuis fin 1999 la Collection de poésie Vents Contraires aux Editions VOIX. Il co-anime depuis 2007 un cycle de rencontres poétiques à la bibliothèque du Pontiffroy à Metz.
Bibliographie
Le Secondarisme (manifeste), CoL. FAIX, 1979 ; ouvrage collectif avec la collaboration de Luis Darocha, Richard Meier et Hubert Saint-Eve.
Tangages, roulis et autres reflets, Ed. de la Victoire. En collaboration avec Richard Meier.
Hygiène, roman-journal, Ed. de la Victoire, 1982.
Le Peintre-chasseur et son tableau de chasse (Portraits immobiles de l’artiste à travers les champs) ; Ed. des deux VOIX, 1983. En collaboration avec Richard Meier.
La recette du pavé, collages ; Tardigradéditions, 1998.
Rhapsodie du JE ; Rafael de Surtis Editions, 1998.
La Vie déraille, Ed.13/XXIII, 1999. Avec des illustrations de Luis Darocha.
Je les ai vus, ils préparent une attaque ; Ed. 13//XIII, 1999 (épuisé).
(Point d’interrogation), livre d’artiste réalisé avec Serg Gicquel ; Editions CDPP, 1999.
Les Poétrous, Ed. VOIX, 2000.
Rediffusion, Ed. 13/XIII, 2001
Les aventuriers du roman perdu, Ed.13/XIII, 2002. (épuisé)
Du lieu de l’origine, livre d’artiste, Ed. AZUL, 2003.
Bivouacs, 13/XIII, 2005.
La narration vous change la vie, Comp’Act, 2005.
Metz in Japan, co-écrit avec Jean-pierre Verheggen, VOIX éd.2005.
ABC d’R, Tarabuste, 2006.
La part des émotions, Les hos-séries du 22, 2006.
Dossier de presse :
Les amateurs de calembour - et je dirais même du camembour tiré par
les chevaux - y trouveront assurément leur compte ; comme j’en suis,
pas question en présence d’un tel florilège de faire la fine gueule.
Alain Helissen fait ici flèche de trou bois. Des jeux de mots, des
pastiches (les plus iconoclastes, bien sûr), les variations les plus
pertinentes et impertinentes à partir du mot trou, bref de la fantaisie
tous azimuts. Et à l’état brut. Je vous en sers à trou hasard un petit
morceau (qui n’aurait sûrement pas déplu à Dimey) :
J’aimerais trou voir
Chirac use…
Cependant ne nous arrêtons pas qu’à l’aspect ludique des Poétrous et
saluons avant tout le réel travail sur le langage auquel se livre Alain Helissen.
Remarquable travail de poète, qu’on aimerait contagieux.
Olivier Hobé
Paru dans Quimper est poésie, N° 29, novembre 2000.
Les lecteurs férus des petites revues de poésie mais aussi du magazine bruxellois Le Mensuel littéraire et poétique reconnaîtront la signature de l’infatigable chroniqueur des parutions poétiques. Ils découvriront peut-être alors l’écrivain qui jusqu’alors s’était fait discret. Ce livre est explicitement placé dans l’orbite des « porteurs de trous » de Christian Prigent. On dira alors qu’il s’agit d’une écriture épigonale, post-TXT (titre de la revue dirigée par Prigent de 1969à 1993), du moins sous influence : à Prigent on ajoutera Verheggen, et déjà on apercevra que le soi-disant épigone en abusant désabuse y compris son propre projet, s’il en avait eu un : impossible de trouer en rond ! Et c’est justement cet abus qui, versant le poème textualiste dans la chanson (« La valse à mille trous », « La chance honnête »…), dans la parodie (de Ronsard à Apollinaire), et partout, ailleurs que dans « la poésie », invente un poème où le récitatif l’emporte sur le récit d’un ancien combattant textualiste. L’art d’Helissen est justement, hors de toute « meute », dans un ton populaire, râpeux, qui sait qu’il y a entre les mots/des trous ». Et ce n’est pas à un « trou du monde/en solitaire » qu’il nous « emmène » : Helissen est un trouveur. Ce livre ouvre en effet une collection que le même Helissen dirige contre les vents dominants puisqu’il l’appelle Vents Contraires. Les autres titres (Jean-Pierre Bobillot avec son Tombeau d’Isidore Ducasse et Patrick Dubost pour Sous la lumière d’Assise) montrent cependant qu’il ne s’agit pas d’un vent unique !
Serge Martin
Paru dans Europe, janv. 2001.
Dans une écriture qui prend la langue par tous les trous où s’inscrivent bien campés, calembours et pastiches, Alain Helissen nous présente un recueil de haute tenue, pamphlet poétique s’attaquant à tout ce qui est du formalisme, du narcissisme, de la matérialité, du lyrisme, de la frivolité comme de la gravité. Ce sont des êtres à part, troublions éphémères aux durables remous. Ce sont des poétrous plus occupés à creuser des trous pour en boucher d’autres en archipels qu’à niveler la langue avec quelque remblai importé des territoires communs, ceux de la langue de tous et de personne. Voilà ce qu’en écrivait Alain Helissen en novembre dernier. Cela pour vous dire que derrière l’irrévérence existe un magnifique travail de langue en poésie. C’est un recueil à lire, à relire avec gourmandise, on en ressort guilleret, un petit côté fripon dans le maniement de langue.
Gilbert Desmée
Paru dans Sapriphage, 2000.
Le poète Alain Helissen sort ce recueil de déclinaison de trous aux éditions VOIX « pour espérer TROUver au bout, si bonne à dire, la vériTROU »…Rare poète à connaître et citer Jean Carteret (« le poète est l’homme le plus troué du monde ») Alain Helissen nous fait glisser dans le vide des trous à travers le blanc des pages. Troublant/trou noir/des origines.
Daniel Giraud
Paru dans Le Millefeuilles, avril 2001.
A vers menus. Parodie. « entre légèreté et gravité ». Un « avertroussement » débute le bouquin. Dédié chantier à Jean-pierre Trouverheggen.
Le mot trou devient tout, employé à mout postes, particulaire, affixien, calembouresque. Langue est jeu & batterie de mots. Troublants. Opus marrant maîtrisé, savant populo, léger tragique. Verlaine et Rabelais.
Le poète excelle aux vers ténus, cinq trois deux syllabes, nous baille un art poétique, une morale, un physique une mystique au néant, fin&source de vie. Il muse musique, joue cacophonie, ou joli sonne-faux (sous le lime). Trou virus contamine la langue, qu’il caricatroure. Il y a entre les mots/des trous/dont tu ne parles pas. Conter les trous d’existence – encore une autre vie – glissement alternatif sexuel. Lucide rhétoriqueur ; parodique : « Mignonne, voyons voir si ce «, poèmes&chansons. Exact : Vos papiers ! T’es hors texte/t’es pleine marge/ça t’apprendra/à détrourner/l’bon sens !
Se valorise la dimension perpétuelle, toujours déniée, que l’encre écrit, fait jouir, le mort vit, infans parole ; truculent votre idiolecte traduit du hors-trouisme & sans voix.
Georges Mérillon
Paru dans Marginales, tiré à part de la revue La Polygraphe, mai 2004.
Ce petit ouvrage ravira les amateurs de calembours, de jeux de mots et de mots-valises.
Dans la dédicace dont il a gratifié mon exemplaire, Alain Helissen souhaite que je « ne troue pas ces textes déjà suffisamment troués. » Eh bien, essayons ! Mais quelle épreuve, bon sang, quelle épreuve ! que de ! Je n’arrête pas de tomber d